| Jeudi
24 janvier 2002, 09.00.
-Putain, mais c'est pas possible
Quelle bande de veaux
Ville de merde
Faut vraiment être trop con pour
habiter ici !
Trop con pour habiter Paris
Coincé depuis une
demi-heure sur l'avenue de Clichy, Frédéric
Leduc, 25 ans, commence à regretter sa récente
mutation à Paris. Bouchon, boulot, dodo. Pas son truc
Gueule des parisiens au petit matin, air pollué de
la capitale, méchanceté crasse suintant des
bagnoles, doigts inamicaux pointés dans sa direction.
Et en fait de grands espaces, des rues sombres, sinistres
et embouteillées.
Rien à faire, ça n'avance pas
Fred a beau
être ceinture noire de Karaté, il ne se maîtrise
plus
Après avoir appris à canaliser son
énergie vitale et dompter ses angoisses, il vient de
trouver son maître. Les embouteillages parisiens ont
le don de le foutre hors de lui
Il pleure de rage et
d'impuissance en tambourinant son volant.
Aucune carrière ne peut se faire en France sans passer
par Paris. La police n'échappe pas à la règle.
Troisième de sa promotion de l'école des officiers
de police, Fred, orphelin d'un père tué dans
l'exercice de ses fonctions, a honoré la mémoire
familiale en choisissant la capitale et l'un de ses services
les plus prestigieux.
Direct dans le Saint des Saints. Sans passer par les commissariats
miteux de quartier et les enquêtes de voisinage à
la petite semaine, qui lui pendaient au nez. Bonjour les crimes
mystérieux, les tueurs maniaques, les règlements
de compte entre truands, la police scientifique et tout le
bastringue moderne
Sympa sur le papier, mais l'horreur au quotidien. Deux heures
de transports minimum pour aller bosser, sans jamais arriver
à se débarrasser de cette pesante sensation
d'évoluer dans un système chaotique, qui vous
broie le cerveau au fil des jours jusqu'à ce que vous
deveniez aussi cons que les autres dans votre bagnole
-Putain, mais impose-toi, Ducon, hurle Fred à l'attention
de l'abruti devant lui, qui s'évertue à respecter
la priorité à droite. J'vais encore être
à la bourre. |