| Dimanche 29
septembre 2002. Il est deux heures du matin. Dans une rue
déserte de la banlieue toulonnaise, une 307 banalisée
de la police est en planque. A l'intérieur, deux hommes
somnolent en attendant l'hypothétique retour à
son domicile d'un trafiquant de drogue, récemment mis
en cause. L'heure de la relève est encore loin et les
deux hommes commencent à trouver le temps long.
-Putain ! soupire le plus vieux, assis à la place du
conducteur. Qu'est-ce qu'on se fait chier…
Rêveur, le jeune flic assis à côté
de lui ne répond pas. Il continue de fixer la nuit
en pensant à sa copine, restée seule dans son
lit. Le silence de la voiture est brusquement troublé
par un grésillement. La radio se met à crépiter…
-Alerte à toutes les voitures sur Toulon ouest…
Ici central, je répète : alerte à toutes
les voitures sur Toulon ouest.
-Nom de Dieu ! Jean, t'as entendu ? C'est pas notre zone ?
-Si, répond l'autre en tendant l'oreille vers le poste.
-Motard en fuite à grande vitesse sur l'A50 en direction
de Marseille. Ordre est donné à toutes les voitures
qui se situent sur la zone de se rendre au péage le
plus proche en vue de son interception.
-Putain, je le crois pas ! s'écrie le conducteur en
démarrant la voiture. Enfin quelqu'un pour sauver notre
nuit !
-On est où, là ? demande son compagnon, visiblement
peu au fait de la géographie locale.
-Pas loin d'Ollioules. A dix kilomètres de la sortie
n°11.
-On y va ?
-Je veux, mon neveu, qu'on y va, répond celui qui semble
être le supérieur, en s'éloignant sans
bruit de la maison du suspect. C'est l'occasion de voir si
la bagnole a bien digéré ma petite préparation,
spécial " trafiquants ".
-Préparation ? a le temps de l'interroger son collègue,
avant d'être plaqué sur son siège, le
souffle coupé, par la brutale accélération
que subit la voiture.
A peine arrivé au coin de la rue, le conducteur vient
en effet d'effectuer un démarrage foudroyant, propulsant
la 307 trafiquée de zéro à 130 km/h en
moins d'un pâté de maisons. Après avoir
brûlé trois feux, il débouche maintenant
à pleine vitesse sur la N8 qu'il emprunte en direction
du nord.
Le conducteur profite du court instant de répit que
lui procure une ligne droite pour relancer son jeune collègue…
-Eh ben, vas-y. Qu'est-ce que t'attends ? Appelle le central
et dis leur qu'on se rend sur place. On y sera approximativement
dans… quatre minutes et trente secondes.
-Tout de suite, répond le passager, blême.
-Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? lui demande le plus âgé
en se tournant vers lui. Tu as un problème ?
-Non, non. Regarde plutôt la route… Je ne tiens
pas à finir dans un cercueil…
-T'inquiète, le rassure le conducteur, sûr de
lui. Ici, c'est ma région. Je connais toutes les routes
par cœur. T'étais pas encore né que je
faisais déjà des chronos ici. |