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– Oh, putain ! siffle Driss en apercevant l’aiguille de son compteur de vitesse.
Il ne s’est rendu compte de rien.
Passé en dix secondes de 0 à 170 km/h.
Sans forcer.
Il est à nouveau obligé de réfréner les ardeurs de sa Suzuki.
Pas le moment de tenter le diable.
Ni de se faire arrêter par les flics.
Il a une avance confortable sur les hommes.
Et aucune envie de perdre son précieux chargement, juste maintenu contre sa poitrine par ses deux bras tendus sur le guidon.
Il décélère pour revenir à une allure citoyenne.
Reprendre le cours normal de la vie.
Devant lui, la voie rapide est déserte.
Tout va bien.
Sous son casque, Driss peut enfin esquisser un sourire.
Ainsi, ça n’était que ça…
Quand la chance vous sourit, tout devient soudain facile.
Très facile même.
“Trois cent mille euros !” jubile-t-il. “Juste comme ça !”
Finies les emmerdes, exit les plans foireux et autres magouilles de bas quartier.
Changement de catégorie. Bienvenue chez les riches !
Belle revanche sur la vie !
“Encore deux kilomètres !” note-t-il en apercevant un panneau indiquant la sortie n°7.
Bien que pressé de l’atteindre, Driss se force à maintenir l’allure.
Dans la station-service, les hommes ont dû se rendre compte que les photos ne se trouvaient pas à l’endroit indiqué.
Mais ils ne peuvent plus le rattraper.
Bientôt, il empruntera ce nœud routier, repéré la veille.
Et se perdra sur son échangeur.
À moins que…
– Trop beau pour être vrai ! réalise-t-il tout d’un coup. Ils m’attendent forcément là-bas !
Driss a beau avoir anticipé le coup, il sent sa tension monter d’un cran.
– Concentre-toi ! essaie-t-il de se discipliner en repensant à son itinéraire de secours.
Qui s’apparente à une cascade.
Il n’aura droit qu’à un seul essai.
Un petit espace vide laissé entre deux glissières de sécurité.
Tout juste de quoi laisser passer une moto.
Donnant directement sur la voie opposée.
Où il pourra mettre les gaz et se fondre dans la nuit.
Aussi risqué qu’imparable.
Impossible de le suivre.
Sauf à être motard et kamikaze.
Lui peut le faire.
Il a confiance dans ses capacités de pilote.
Et le sac posé sur son réservoir est le meilleur des stimulants.
Cinq cents mètres.
Coup d’œil dans le rétro.
Rien. Devant, la voie rapide est toujours aussi déserte.
Driss profite d’un virage sur la droite pour changer de file.
Lorsque tout d’un coup…
– Merde ! jure-t-il en apercevant un panneau de signalisation mobile, installé sur la bande d’arrêt d’urgence. C’est quoi, ce bazar ?
Quelques dizaines de mètres plus loin, un second panneau en forme de flèche l’invite à se rabattre vers la gauche.
Quelque chose cloche...
Incrédule, Driss voit la sortie apparaître dans son champ de vision.
La première chose qu’il remarque, ce sont les plots orange et blanc qui la barrent.
Puis les longues barrières posées en travers.
Aucun avertisseur lumineux, aucun feu de sécurité.
– Bordel de merde ! jure-t-il en sentant une coulée de sueur apparaître dans son dos. Qu’est-ce que ça veut dire ?
La peur vient de se réinviter dans son cerveau.
“Travaux en cours. Déviation provisoire” parvient-il à lire en passant devant le panneau accroché aux barrières .
Obligé de rouler jusqu’à la sortie suivante.
“Combien de bornes ?” s’interroge-t-il soudain.
Trop sûr de lui, Driss réalise qu’il a oublié de regarder les distances.
Peu importe.
Il doit y arriver le premier et donne une puissante accélération avant de passer la cinquième.
Pas question de se faire rattraper.
130. 140. 150. 160. 170 km/h.
Mais devant lui, la route virevolte dangereusement, l’obligeant à de fréquents freinages.
– Connerie de ne pas avoir reconnu cette portion, jure-t-il à chaque ralentissement.
Et des pensées qui ne cessent de perturber sa concentration.
“Pas normale, cette fermeture ! Ils auraient dû l’annoncer bien plus tôt !”
Sa conviction est vite faite.
“C’était pour moi ! Ils cherchent à m’attirer à la sortie suivante !”
Sortie n°8. Trois cents mètres.
“Déjà !” commence-t-il à paniquer. “Je fais quoi s’ils m’attendent là-bas ?”
Pas le temps de répondre. Lancée comme un boulet, la GSX-R déboule déjà sur la voie de décélération.
Driss a le regard à l’affût du moindre signe suspect.
– Là-bas ! jure-t-il en actionnant brutalement ses freins.
Il vient d’apercevoir le reflet bleuté d’un gyrophare dans la nuit.
Une bagnole de flics stationne sur le rond-point, chargé de répartir le flux sortant de la voie rapide.
– Ils m’attendent !
Décision immédiate.
Driss donne un violent coup de paume en avant sur la partie droite de son guidon.
Déséquilibrée, la moto fait une brusque embardée sur la gauche par la grâce de l’effet gyroscopique.
Évite de justesse le plot qui marque la fin de l’embranchement.
Avant de se redresser toute seule dans l’axe de la voie rapide.
– Ouf ! souffle Driss. Il était moins une !
Manœuvre réussie.
Vite !
Il faut relancer !
Couché sur sa machine, occupé à monter les rapports le plus rapidement possible, le pilote ne remarque pas l’homme qui l’observe depuis le pont qui enjambe la voie rapide.
Pas plus qu’il ne le voit porter un talkie-walkie à sa bouche.