| Effectivement,
depuis le passage au sommet de la colline, Stéphane
est moins à son aise. A la forêt a succédé
un paysage de pierre, où la végétation
est rare. Plus sinueuse qu'à la montée, la route
chemine entre des gorges abruptes. Lui qui comptait sur la
descente pour exploiter les possibilités d'accélération
de la Hornet en est quitte pour un nouveau numéro d'équilibriste.
Lorsqu'il aperçoit les phares de la bagnole balayer
la nuit à cent mètres derrière lui, Stéphane
a un nouveau coup au cœur.
Son stratagème n'a pas fonctionné. Ils ont dû
apercevoir ses feux arrière.
-Merde, jure-t-il entre ses dents, j'aurais dû les éteindre
…
Cette nouvelle contrariété le déconcentre
un peu plus. Il loupe plusieurs changements de rapport et
perd un peu plus de vitesse dans les virages. La bagnole en
profite pour se rapprocher. Il sent presque le souffle des
flics sur sa nuque et ne peut s'empêcher de se retourner
plusieurs fois, ce qui rend sa conduite encore plus approximative.
Dans la voiture poursuivante, la panique du pilote n'échappe
pas au conducteur, qui entrevoit enfin son triomphe.
-Regarde-le, commente-t-il à son acolyte, avec un sourire
carnassier sur les lèvres, il est mûr !
Lorsque les deux flics recollent enfin à la moto, ils
n'ont pas le temps de noter son numéro de plaque. Après
s'être retourné une nouvelle fois pour constater
la présence des flics dans sa roue arrière,
le pilote ne voit pas arriver le virage suivant. Lancé
à pleine vitesse, il effectue un tout droit tellement
naturel qu'il s'en faut de peu pour que la voiture, calée
sur ses feux, ne le suive dans le précipice qui vient
de l'avaler.
-Jean ! Attention ! hurle le passager.
En apercevant le vide, le conducteur a tout juste le temps
de redresser sa trajectoire et d'arrêter la 307 dans
un freinage approximatif, cinquante mètres plus bas.
Sortis en catastrophe de leur voiture, les deux hommes se
précipitent en courant vers l'endroit où le
motard a quitté la route. Aucune barrière de
sécurité. Sous leurs pieds, un ravin de vingt
mètres de profondeur. Sa pente est escarpée.
Au fond, un alignement de buissons d'épineux semble
indiquer la présence d'un ruisseau.
-Tu le vois ? demande le plus jeune à son collègue
en scrutant la nuit.
-Ouais, là, en bas, sur la droite… A côté
du dernier buisson. Putain, il a fait un sacré vol
plané !
-Merde, s'exclame le jeune en l'apercevant. Et là !
Il y a sa moto. Vite, il faut appeler des secours !
Il se précipite aussitôt vers la voiture pour
lancer un appel radio.
-Laisse tomber, Antoine ! l'arrête le conducteur.
-Quoi ?
-Je dis, laisse tomber. On ne peut plus rien faire pour lui
!
-Mais il faut aller vérifier au moins !
-Je te dis qu'il est mort !
-Mais alors, qu'est-ce qu'on fait ?
-Rien.
-Rien ?
-Officiellement, nous n'avons pas bougé du péage.
Ce motard s'est tué tout seul. C'est compris ?
-T'es sûr ?
-Tu veux avoir des emmerdes ?
-Non.
-Alors, officiellement, nous sommes encore au péage.
C'est clair ?
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